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C’est un fameux trois-mâts fin comme un oiseau.
Hisse et ho, Santiano !
Dix huit nœuds, quatre cent tonneaux :
Je suis fier d’y être matelot.
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30 juin 1848
Aujourd’hui, c’est le grand départ. On largue les amarres : c’est parti pour une traversée de l’Atlantique un tour d’Europe. Mes cousins irlandais ont déjà quitté Dublin il y a deux ans, lors de la terrible famine de la pomme de terre qui a ravagé le pays.
Mais si je quitte Paris, moi, c’est pour une toute autre raison : je pars faire fortune ! On dit qu’en Amérique en Roumanie, le Danube est truffé de pépites. Je connais une moussaillonne qui a fait le Stratorg Challenge il y a un an ; elle est revenue avec de l’or plein les yeux.
Le galion est fin prêt. Enfin. Il devrait a priori ne pas couler. En tout cas, le Capitaine Yann Sparrow était plutôt confiant, hier, lorsqu’il a réuni les équipages autour d’une bouteille de vieux Rhum dans la taverne « le Molitorz ».

Il est vrai que notre trois-mâts a fier allure avec sa peinture orange flambant neuve. Ce négociant à qui nous l’avons acheté, un certain « Captain’ Castorama », nous a assuré qu’il avait ramené ces pigments oranges d’extrême Orient, et que cette peinture résisterait à toutes les latitudes. Mais je ne doute pas que le sel marin aura tôt fait de l’écailler..
Pour tout vous dire, ce qui m’inquiète le plus, c’est que je crois que notre navire commence à vieillir. Trop de vagues se sont brisées sur sa coque, trop de tempêtes ont fatigué ses mâts. Les inspecteurs de la Marine Marchande ne nous auraient jamais accordé ce précieux « contrôle technique » sertit du sceau royal.. Pourtant, nous avons travaillé dur pour mettre toutes les chances de notre côté, pour ce voyage. Voyez par vous-même :
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Armateurs de Brest – Tisserands père & fils.
Récapitulatif des réparations :
-REGLAGE DES VIS PLATINEES (qu’est-ce que c’est ???)
-REGLAGE DES CULBUTEUR (non, non, je ne crois pas avoir ça sous mon capot. Si ?)
-CHANGEMENT DE L’EMBRAYAGE (Ah ! Enfin un mot que je connais !)
-GONFLAGE DES PNEUS (Fadoche !)
-VERIFICATION DE L’ALLUMAGE
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Ca y est, on sonne le départ de la flotte : 9 galions et 1 caravelle battant pavillon français sont alignés dans la rade de l’arsenal de Paris, prêts à partir…
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1er Juillet
Le début de voyage se déroule bien. Les vents nous sont favorables ; toutes voiles dehors, capote au vent, nous filons à plus de 50 nœuds (environ 90 km/h).
Le soir tombant, nous jetons l’ancre dans un petit port de pêcheurs nommé Genève, dans le détroit de Rolex. Cet hameau est un véritable havre de paix (cf la synthèse des ESTP : « la Suisse est-elle toujours faiseuse de paix ? »)
Seul incident à signaler : petit accrochage avec un pirate anglais en scooter (des mers). Nous y laissons le clignotant avant gauche. Pas de trou dans la coque à signaler pour autant.
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4 Juillet
Trois jours que nous sommes bloqués dans les eaux florentines. L’Alizé est tombé, c’est le calme plat. Un mousse nous a présenté sa dernière trouvaille : il a inventé ce qu’il appelle le « moteur à explosion ». Par une savante alchimie – la compression de Rhum Sans Plomb cuvée 95 et d’air, puis une étincelle – il prétend pouvoir mouvoir le bateau à une vitesse inédite ! Après quelques parlementations avec l’ensemble de l’équipage, nous préférons garder le Rhum pour nos gosiers et attendre que le vent se lève.
Nous accostons donc au large de Florence (nous ne pouvons pas rentrer dans le port car le trois-mâts ne passe pas sous le Ponte Vecchio) et profitons de cette immobilisation pour sillonner la ville : tavernes et salles de jeux pour les braves navigateurs, mais surtout, musées et cathédrales. Nous découvrons une véritable dédale de vieilles ruelles au charme inégalable. Quel bonheur de s’y perdre…
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6 Juillet
Finalement, nous avons installé le moteur à explosion ! Outre les effluves qui émanent de cette machine infernale, nous sommes satisfait de notre choix : nous atteignons des pointes à 60 nœuds (110 km/h.. Nous atteindrons les 135/140 km/h en descente, une fois le moteur bien rôdé ! Véridique !) A tel point que nous avons dû installer une sorte de rétropédalage, les « freins », quand le navire va trop vite !
Seul bémol : la pédale de l’accélérateur, certainement mal fixée, se détache de temps en temps. Drôle d’impression, quand tout à coup, on veut accélérer et on appuie dans le vide..
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7 Juillet
Les jours s’enchainent bien, mais les nuits sont plus difficiles. Nous nous réveillons souvent courbaturés, et les yeux bien cernés. En effet, nous dormons parfois dans notre bateau, même si l’espace y est très limité. La nuit est pénible en position assise, sans pouvoir étendre les jambes, le volant dans les genoux.
Le reste du temps, nous cherchons un endroit pour dormir à la belle étoile : dans les forêts genevoises, sur les collines de Florence ou encore sur les plages de Pescara. Plus tard, nous découvrirons les charmes des nuits dans les parking VINCI de Thessalonique, dans les champs roumains, dans les forêts de Transylvanie (avec la plein lune et le chant des loups !) et même dans les stations essence de Bratislava. Heureusement, les équipages des différents bateaux réussissent généralement à se réunir pour partager les vivres entreposés dans les calles des navires, et passer la nuit ensemble. Nous passons donc de bonnes soirées, dans une ambiance chaleureuse. Par exemple, Mehdi (ESTP) nous a dévoilé ses talents de pizzaiolo dès Florence !
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9 Juillet
Nous sillonnons les eaux claires des archipels grecs. Nous commençons à manquer de Rhum 95 (le prix à la pompe est exorbitant, ici !) et surtout d’huile pour le moteur. En effet, le bouchon du réservoir à huile s’ouvre à cause des vibrations (ou le ferme-t-on mal ?). Nous nous retrouvons donc avec de l’huile plein le moteur et de la fumée blanche plein l’habitacle. A cela s’ajoutent le scorbut qui commence à faire des ravages, les rats qui colonisent les calles et le coffre, les voiles et la capote qui se déchirent et partent en lambeaux sous le travail incessant des rafales de vent… La peinture ne brille plus, les moussaillons ont la mine poussiéreuse, on craint la famine ; notre embarcation ressemble de plus en plus au Radeau de la Méduse. On gronde et on parle de mutinerie, dans les rangs de matelots. Mais je garde bonne espoir.
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10 Juillet
Nous traversons désormais l’océan bulgare. L’eau douce se fait rare, donc nos douches aussi. Notre arrêt sur l’ile de Sofia est salvateur : l’asile nous est offert contre quelques menus louis d’or, dans une de ces auberges où se retrouvent pirates et corsaires, commerçants et moussaillons. Quel bonheur d’enfin dormir dans un lit et de se laver à l’eau chaude ! Le moral des troupes remonte en flèche.
Seul hic, le rétropédalage du navire (vous savez, ce qu’on appelle plus techniquement « les freins ») nous pose de plus en plus de soucis : la pédale perd en pression, malgré la purge que nos compagnons de l’ENSAM font gracieusement à nos freins. Nous devons ‘pomper’ pour freiner, c’est-à-dire appuyer par à coup pour que le freinage soit efficace. Le tout pour un résultat pas toujours convainquant. Bien sûr, le tout s’accompagne de bruits de casseroles et autres percussions qui font de nos trajets une cacophonie assez indescriptible
Comme à chaque escale, nous découvrons les spécialités culinaires locales. Après le tarama, le Ouzo (sorte de Pastis) et le tatziki grecs, nous découvrons – au grand dam de nos foies – le Raqui bulgare : un apéritif à peu près aussi efficace que le White Spirit.
Dans les semaines à venir, nous poursuivrons ce voyage des papilles autour du Goulash hongrois, du café viennois (inventé spécialement pour les touristes, à mon avis), des pintes et des bretzels bavarois…
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La suite.. demain soir ?
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Merci à notre sponsor, la Société Générale, dont les pièces d’or ont permis à notre trois-mâts de parcourir des kilomètres…
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