L’absence de nouvelles des Bohemliens pendant les 10 derniers jours ne signifie en aucun cas que ceux-ci ont eu une saveur insipide, mais bien que nous avons embrassé le tumultueux quotidien de l’Europe de l’Est.
Après un bref passage en Grèce, le temps de poser un phare sur le bord d’une route de campagne et de transformer ainsi Esmeralda en cyclope, nous gagnons la Bulgarie et sa douce Sofia. L’escale est rapide mais le peuple bulgare ne l’est pas moins lorsqu’il s’agit de séduire les voyageurs. Là-bas, les gens sont d’une bienveillance merveilleuse et ne sont pas avares en coups de klaxons et en grands signes de mains lorsqu’ils voient passer une trentaine de jeunes écervelés dans des 2cv colorées. Une spontanéité touchante que nous avons retrouvée à l’étape suivante, en Roumanie.

Sofia - cathédrale Alexander Nevski
Le passage de la frontière nous donne des frissons et Alex éclate en sanglots en passant sous la bannière nationale, ému de fouler à nouveau cette terre qui l’a vu naitre. Nul doute que ses coutumes vestimentaires étranges n’avait échappées à personnes, il est bien un fils du pays, et il le confirme en lançant de petits gloussements inaudibles et amicaux en croisant les premiers autochtones qui le reconnaissent aussitôt. Nous entrons à Bucarest sous un ciel sombre et un vent sublime, et nous empressons d’aller mettre la vieille ville à sac. Le lendemain, le coq manque de faire un infarctus lorsque nous tournons la clé dans le démarreur, bien avant que le misérable volatile n’ait eu le temps de chanter quoi que ce soit.

Campagne roumaine
L’excitation monte encore d’un cran lorsque nous traversons la campagne roumaine où souffle le vent bohémien que nous étions venu chercher. Arrivés à Galati, nous composons une section d’élite composées d’une vingtaine de bras-cassés de l’ESTP, Supaero, Télécom, HEC et des Mines de Paris et montons le camp en périphérie de la ville, dans un champ. Les paysans du voisinage nous adoptent sans sourciller, à coup de grands sourires édentés. Dès l’aube nous plions la tente et remercions la campagne roumaine et ses chiens errants de nous avoir accordé ces quelques heures de repos. Direction la Moldavie !…Ah en fait il parait que non…On nous annonce des pièces manquantes dans la liste des documents à fournir pour passer la frontière. C’est dommage, l’envie de découvrir cette douce contrée n’avait pourtant fait que croitre sous les aboiements intempestifs de la grosse dame du poste frontière. Choux blancs donc. Tandis que nous disons adieu à nos rêves ukrainiens, que Cam et Matt désespèrent de ne pouvoir écrire aucun vers sur les côtes de la mer Noire, que Tom angoisse à l’idée de ne pas gouter les spécialités culinaires ukrainiennes, Alex, le bonnet bolivien enfoncé sur la tête jusqu’aux sourcils, affiche un large sourire à l’idée de croquer quelques jours de rab sur la terre de ses cousins. Dans la tête de Yann c’est l’enfer. Il cherche comment redessiner le parcours, analyse, prévoit et anticipe au rythme de 50 scénarios/seconde. On lui souffle Belgrade à droite, on lui murmure Bratislava à gauche, Pyongyang derrière. Ce sera finalement Pietra-Neamt, puis Cluj. La première se traduira par un bref arrêt pour dormir par terre à coté de la voiture, en compagnie des copains des Mines, de la lune, d’un lac, et d’un yukulele. C’est d’ailleurs l’occasion pour nous de saluer la performance de Valentin qui, s’il elle n’a émoustillé que quelques femelles musaraignes, nous a fait passer une très bonne soirée et aurait plu à moult demoiselles à n’en point douter. A Cluj, la première soirée qui marque le bout du voyage commence par un restaurant offert par Stratorg. La soirée est magique, c’est une explosion de joie, d’énergie et de pulsions, une sorte d’hymne à l’absurde. Que Robespierre, Chirac ou encore Casimir soient rassurés, nous avons fêté le jour national comme il se doit (si si, Casimir est français, je vous jure). C’est à Cluj que nous quitte Tiphany, merci à elle pour son travail et sa gentillesse, nous aurions aimé partager quelques « mass » de bonne blonde avec elle à Munich, mais ce sera pour une prochaine fois !

un camp de roumains à Galati
L’heure est venue pour nous de quitter la mère patrie roumaine, chargés de cadeaux et de victuailles souvenirs de notre passage dans le village du roi des Roms ; merci à Sciences Po pour cet itinéraire improbable mais inoubliable, cependant nous ne pousserons pas le vice jusqu’à laisser la belle deuch rose reprendre la tête du convoi (et bim). Qui aime bien châtie bien !
Notre séjour en Hongrie débute dans un petit village près du lac de Vezsprem, où nous sommes accueillis comme des princes grâce aux bons filons de Dora.

Lac Balaton
La capitale Budapest nous a ensuite séduits trois jours durant, mais nous serions bien restés au bord du ruisseau d’eau bien fraîche de ce petit bout de Hongrie. Budapest, de loin l’une des plus belles étapes : son architecture, les balades au bord du Danube et…Sa gastronomie ! Malheur à celui qui n’aura pas aventuré ses papilles dans l’antre du septième ciel, en enfournant un Langos aussi gras que succulent, ou tout autre met du marché couvert de la ville.

Budapest - run with the boys
Note de l’auteur : les Mines de Paris ont profité de l’animation nocturne pour faire une nouvelle fois étalage de leur bêtise, les Gadzarts ont (presque) chopé, allez les gars vous avez encore la forêt luxembourgeoise et le périphérique parisien pour vous rattraper. Constance peut enfin monter dans son avion de retour pour Paris, soulagée de nous quitter (ou pas). Merci à elle pour son engagement sans faille aux côtés de Yann, place désormais à Léa pour la remplacer. Autre style, mais toujours autant de bonne humeur. Constance et Léa, ou comment réussir à dire aux gens de monter dans leur voiture à 6 heures du matin pour 500 bornes de trajet après une nuit dehors sans leur arracher injures et grognements.

Budapest - Place des Héros
Changement d’itinéraire oblige, nous faisons un crochet par Bratislava avant de gagner Vienne. En raison de la proximité de notre rencontre nous restons que quelques heures dans la ville, insuffisant pour l’apprécier à sa juste valeur. Et encore moins sous la pluie de novembre qui s’est abattu sur nous depuis maintenant plusieurs jours. Oui on est fin juillet, mais les miss météo de l’ouest de l’Europe ont troqué leur bikini contre des grosses doudounes.
Nous en profitons d’ailleurs pour vous donner des nouvelles d’Esmeralda : son imperméabilité nous permet de nous doucher sur la banquette arrière. Les autres équipes applaudissent chaleureusement et marquent d’une croix sur le calendrier le jour où les BohEMliens se trempent dans l’eau, comme à chaque fois depuis le départ.
Vienne est un musée à ciel ouvert, imprégnée du souvenir des jours glorieux de l’Empire Austro-Hongrois et d’une activité culturelle débordante. Malgré la pluie et le froid nous nous installons le troisième et dernier soir place de l’hôtel de ville, pour profiter de la retransmission sur écran géant d’un ballet. Le tout en savourant la bière et la saucisse autrichienne. Vienne a été pour nous la ville de notre rencontre. Nous remercions donc notre interlocuteur Mr Hoffmann, ainsi que l’institut Français pour nous avoir ouvert ses portes et supporté vingt minutes durant la présentation de notre problématique. Comme nous aimons le froid, et surtout Esmeralda, la banquette de cette dernière et un trottoir viennois seront nos chambres cinq étoiles la veille de notre départ pour Munich.

Vienne - Karlskirsche

Vienne - Château de Schönbrunn
Aucune déception dans la capitale bavaroise : ambiance chaleureuse, des mass de bière qui feraient palir d’envie un drogué à la limonade, des parcs très agréables, le tout salué par le retour du soleil, timide certes, mais suffisant pour que nous nous aventurions dans l’Isar. La vison de surfers sur une vague artificielle en plein milieu d’un parc de Munich restera une image de plus de ce voyage. Nous vous conseillons d’ailleurs un plongeon dans le torrent (très) rafraichissant, mais soyez suffisamment habiles pour attraper une racine pour remonter sur la berge sans quoi vous finirez en Egypte.
Nous vous écrivons ces lignes depuis le Luxembourg, contrée verte et tranquille, où les gens semblent ma foi sympathiques mais attachés à une rigueur sans faille. Comment nous ne pouvons pas utiliser de réchaud dans le couloir d’une auberge ? Nous sommes outrés.
Etrange sensation que celle du retour imminent. Lorsque nous passerons les grilles de Molitor nous aurons certainement le sentiment de les avoir franchies la veille pour le départ. C’est ça le Stratorg Challenge, une aventure qui ne vous laisse pas le temps de regarder en arrière, alors qu’il nous aurait fallu un jour de méditation entre chaque étape pour conserver bien au chaud tous les souvenirs accumulés. C’est aussi une aventure humaine, et nous tenons à remercier l’ensemble des équipes, sans qui le voyage n’aurait pas eu la même saveur. Bien évidemment ces remerciements sont aussi pour Yann et le staff, mais nous avons tant parlé d’eux dans nos articles, que nous ne voulons pas que notre plume les fasse rougir, ou pire qu’ils prennent la grosse tête. Cependant nous les remercions infiniment, car leur gentillesse sans égale les poussera certainement à récompenser ces compliments par des tartines de nutella demain sur la route de Paris, promises par Yann en échange de notre inscription au Stratorg Challenge.
Une petite remise des prix pour saluer notre retour :
Les plus intelligents, voire brillants : Mines de Paris.
Les plus chanceux : Télécom. Aussi peu de pannes sur le trajet, c’est scandaleux…
La bonne humeur, les pros de la mécanique, et les plus barbus (malgré les efforts de Matt, no comment…) : Arts et Métiers.
Les plus belles fesses (du moins les plus en vue) : Supaero.
Le prix du miraculé : HEC. On doutait en effet que leur deuch aille plus loin qu’Auxerre, elle a parcouru 7000km. La magie du Stratorg.
Le prix de l’orientation, et de la gestion de carte routière (précise selon leurs dires) : Sciences Po.
Les plus ponctuels : Mines de Saint-Etienne. On vous a fait concurrence tant qu’on a pu, mais vous étiez trop forts les mecs, bravo.
La voiture la plus propre : ESTP. Et pourtant le dernier nettoyage c’était à Florence…
En espérant que cette aventure continue longtemps encore, et que celle-ci ne soit que le début de quelque chose de nouveau, nous espérons que voyager à nos côtés n’a pas trop été un calvaire. Rendez-vous en France cette fois-ci, pour discuter autour d’un verre de tout ce que nous avons vécu et nous rappeler Galati, Florence, Budapest, la Moldavie…Ah non mince.
Les BohEMliens ramènent leur roulotte au port, et vous saluent bien bas. A très bientôt pour de nouvelles aventures. Nous vous dédions à tous, participants passés, actuels et futurs du Stratorg Challenge, ce proverbe que nous transmettons de génération en génération dans notre communauté pour conclure :
« Celui qui ne peut s’empêcher de rouler sera toujours un vrai manouche ».
Ciao !